mercredi 12 février 2020

Tribune : les "femmes trans" sont-elles des femmes ?

Voici le texte de la tribune que j'ai publié dans le Huff à 12h, après lecture et accord d'une journaliste de la rédaction, et qui a été supprimé du site à 17h.

"ce texte n’avait aucunement sa place sur notre site. C’est une erreur de l’avoir publié. Les propos transphobes à l’intérieur vont à l’encontre des valeurs prônées par Le HuffPost depuis sa création. Les femmes trans sont des femmes. Nous vous présentons nos plus sincères excuses pour la publication de ce texte."






« Question trans » : les colleuses contre les féminicides se divisent et toutes les femmes sont menacées 


Le collectif de colleuses d’affiches contre les féminicides se divise autour de la « question trans ». Il s’agit bien plus que d’une querelle de chapelles : au-delà du groupe des colleuses, c’est l’avenir du féminisme et des politiques d’égalité qui est en jeu. 

La polémique a débuté lorsque des activistes ont profité de la visibilité de la méthode des collages pour imposer leurs propres slogans. 

Leur propos était de condamner – en l’occurrence au « bûcher » - les dénommées « TERFs », acronyme signifiant : Trans Exclusionary Radical Feminist. De nombreuses féministes en effet considèrent que les personnes trans ne devraient pas être incluses dans les espaces réservés aux femmes et ne devraient pas être au centre de l’agenda féministe. 

Les « femmes trans » sont-elles des femmes ? Autrement dit, suffit-il de s’auto-proclamer femme pour pouvoir exiger d’être considéré comme telle ? 
Comment une société peut-elle défendre les droits des femmes et œuvrer à l’égalité si le mot « femme » change de définition ? 




Selon les féministes radicales et matérialistes, les femmes sont tout d’abord des êtres humains femelles. Elles ont un double chromosome X et, sauf malformation ou anomalie, elles ont un appareil génital qui permet la gestation et l’accouchement d’un enfant. 

Les caractéristiques physiques liés à la procréation correspondent au sexe biologique, notion distincte de celle de « genre », qui désigne une construction sociale, et plus exactement un système d’oppression qui organise l’humanité en deux groupes, l’un dominant et exploitant l’autre. 

Cette exploitation des femmes est intrinsèquement liée à leur biologie. Dans nos sociétés, les petites filles sont éduquées différemment des petits garçons ; en raison de leur sexe de fille. Les femmes sont collectivement et individuellement dévalorisées et réduites à un statut d’objet sexuel et de pourvoyeuse de soins ; en raison de leur sexe de femme. 

Or les transactivistes, ennemis des « TERFs », ont une toute autre définition de ces termes. Pour eux, le genre est certes une construction sociale, mais il n’est pas lié au sexe. Une personne peut avoir un corps ou un autre, elle sera homme ou femme (ou autre…) en fonction de son ressenti. Si une personne déclare se sentir femme, elle est une femme. Si elle déclare se sentir homme, c’est le même principe qui s’applique. Le genre est une identité qui ne repose sur aucune base matérielle. 

Il est des contextes où, en effet, le ressenti ne peut pas être contesté. Si je ressens une douleur physique ou morale, je suis la seule à pouvoir l’affirmer, et personne ne devrait le nier. 

Être une femme n’est pas un ressenti. Cela correspond à une réalité physiologique très spécifique et à un vécu social tout aussi spécifique. Tout cela est réel. Dans nos sociétés, être une femme, c’est souffrir et être épuisée tous les mois mais devoir travailler comme si de rien n’était. C’est être considérée comme une proie potentielle dans l’espace public et comme une travailleuse bénévole dans l’espace privée. Ce statut repose sur la réalité de notre corps. Si je suis, entre autres, discriminée à l’emploi et sous-payée, ce n’est pas parce que je « me sens une femme », ni parce que j’ai une « identité » de femme, mais bien parce que chacun saura, en me voyant, que j’ai un corps de femme. Aucun « ressenti » ne pourra être équivalent à cette réalité.

Les « femmes trans » quant à elles, sont des personnes nées garçons, qui ont le plus souvent conservé un corps d’homme (dans 75% à 80% des cas en France, elles n’ont subi aucune intervention chirurgicale), mais qui affirment avoir une « identité de genre » de femme, et ainsi être des femmes au même titre que les êtres humains femelles qui ont un utérus et qui depuis leur naissance subissent la misogynie de notre société.  

Si les « femmes trans » sont considérées comme des femmes, quel que soit leur corps ou leur apparence physique, alors le mot « femme » s’applique à qui le souhaite, même à des personnes ayant un corps et une apparence d’homme. 

Or, dans une société encore patriarcale, les mots « femme » et « homme » doivent garder leur signification. Nous avons besoin de pouvoir mesurer les inégalités entre les sexes pour les dénoncer et surtout les corriger. Il nous faut pouvoir mettre en œuvre des politiques publiques et des mesures correctives qui s’adressent spécifiquement aux femmes. 

Quel sens auraient les listes paritaires en politique, les programmes ciblés pour créatrices d’entreprises et femmes scientifiques, les compétitions sportives féminines… si des hommes peuvent s’y imposer d’une simple déclaration d’identité ? 

Considérer les « femmes trans » comme des femmes pose des problèmes encore plus concrets. Quel que soit le ressenti de ces personnes, quelle que soit leur sincérité, les femmes n’ont pas le loisir de prendre le risque d’accepter des hommes dans les espaces non-mixtes : vestiaires de sport, toilettes publiques ou dortoirs d’auberges de jeunesse, mais aussi prisons et centres d’hébergement d’urgence pour femmes victimes de violences masculines. 

Aucune féministe ne met en cause la souffrance des personnes qui ne se sentent pas « nées dans le bon corps ». Cela dit, nous devons veiller à préserver nos espaces et à ce que nos stratégies restent centrées sur les filles et les femmes. C’est la survie de notre mouvement qui est en jeu, et donc la survie de nos droits et de notre intégrité. 

9 commentaires:

  1. Je ne sais pas comment le Huffpost avait pu supprimer ton texte! Déjà qu'il n y a aucune transphobie là dedans et il reste centré sur ce qui se passe. Mais apparemment, "les TERFS au bûcher" n'est pas aussi violent que nous ne pouvons le croire! Les femmes subissent depuis de millénaires et on nous demande d'encore subir sans rien dire pour que les hommes soient satisfaits qu'ils se sentent hommes ou femmes!

    RépondreSupprimer
  2. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

    RépondreSupprimer
  3. Cet article raconte n'importe quoi. Non les transactivistes ne disent pas que le genre est différent du sexe. On dit que le sexe "biologique" tel que porté est une construction sociale basée sur une bicatégorisation. Le genre précède le sexe que vous appelez biologique en définissant ce qui est homme/femme. Et pour être exacte, je préfère le terme de classe sexuelle, au moins ça a un sens que n'a pas le genre, puisque justement, vous les soi-disant matérialistes séparez genre/sexe. Cette séparation n'a aucun sens.
    Ce n'est pas parce que t'as une vulve que tu es une femme. C'est parce qu'on te définit comme femme que tu subis la domination hétérosexuelle.
    C'est toujours l'autre qui nous catégorise donc...
    Merci d'arrêter votre propagande réactionnaire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour, je crois que nous sommes d'accord sur l'idée d'une bicategorisation et du lien qu'il y a entre genre et sexe, le genre correspondant justement à cette hiérarchisation des sexes par l'assignation et la norme.En revanche là où nous ne sommes pas d'accord c'est dans l'affirmation que le sexe est une construction. C'est la classe de sexe qui en est une en effet. Aussi affirmer que nous pouvons (ou même devons) nous extraire de notre sexe pour échapper à l'oppression patriarcale est une illusion et ne contribue absolument pas à remettre en question la bicategorisation donrnon parle. Il faut pour cela abolir les normes de genre et les classes sociales basées sur le sexe. Or le sexe c'est la vulve et le pénis, la disymetrie sexuelle. Et le Patriarcat se fonde sur elle et sur l'exploitation des personnes nées avec un appareil reproducteur femelle par celles nées avec un appareil reproducteur mâle. Aussi il est fondamental, dans une perspective féministe politique et sociale, radicale et matérialiste oui, de pouvoir nommée la réalité de notre condition matérielle en patriarcat. Notre sexe biologique (femelle), notre genre assigné femme, notre statut, notre socialisation, nos oppressions, notre histoire, notre culture et nos luttes etc. Il n'y a absolument rien de réactionnaire là dedans. C'est au contraire la volonté de préserver une lutte réellement révolutionnaire d'émancipation de la classe des femmes, en résistant aux injonctions à relativiser/nier encore et toujours notre existence propre, notre dignité, notre libre arbitre et nos droits. En refusant leur invisibilisation. Votre phrase "ce n'est pas parce que tu as une vulve que tu es une femme. C'est parce qu'on te définit comme femme que tu subis la domination hétérosexuelle" est absurde et contient sa propre contradiction. Car sont justement définieq comme femmes, en premier lieu, les personnes ayant une vulve, en vue de leur subordination patriarcale et hétérosexuelle. Les femmes sont donc les personnes liées par cette réalité et cette condition et qui doivent pouvoir faire classe afin de s'en extraire. Bien à vous

      Supprimer
    2. PS: c'est en affirmant notre identité sexuelle tout en dénonçant les normes de genre qui nous oppriment que nous pourrons abolir les classes sociales dans lesquelles nous sommes enfermées par le système patriarcal, et pas autrement. Je crois

      Supprimer
    3. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

      Supprimer
  4. Un texte qui remet l'essentiel en lumière.

    Une femme a des règles, elle peut enfanter, elle peut allaiter et c'est elle et seulement elle qui peut mettre au monde.

    Il faut combattre le sexisme social. Les inégalités et les injustices reliées aux rôles sexistes.
    Mais il devient absurde de nier les sexes biologiques et par la bande faire disparaître les femmes qui sont avant tout des femmes et non des rôles sexistes imposés par la société.

    De pouvoir enfanter n'est pas un privilège "inculqué" via le comportement social, c'est un fait biologique.

    Les femmes véritables existent.

    Et cela n'est pas contre les personnes nées avec un corps ne correspondant pas à leur vécu intérieur.
    Il faut mettre fin à ces stupides guerres de clans fermés et remettre le simple bon sens de l'avant.

    RépondreSupprimer
  5. Être journaliste n'est pas être lobbyiste. Les trans sont des êtres humains qui disent sentir une appartenance au sexe opposé à celui que leur code génétique leur a biologiquement défini. Si le Huff a la prétention d’établir une équivalence qui va au-delà d’un statut plus ou moins légal et scientifiquement reconnu, qu'il publie des articles issus de recherches et d’enquêtes sérieuses au lieu de censurer des opinions avec lesquelles il n'est simplement pas d’accord. Il y gagnerait en respect et crédibilité. Et Agnès, merci beaucoup pour votre intervention. Vos précisions s'imposaient si l'on se fie aux interprétation pataphysiques des genres masculin et féminin qui sont véhiculées à gauche et à gaugauche!

    RépondreSupprimer
  6. Quant à moi je refuse que les "femmes trans" m'imposent leur définition. Je ne suis pas une femmes "cis". Je suis une femme. Point. Si il y a un T à LGBT c'est bien pour les Trans.
    Aucune femme n'a jamais tué un travesti ou une transexuelle.
    Les droits des femmes ne sont pas défendus par les Trans. Que ce soit la parité, l'IVG, le viol etc...
    Ras le bol de cette dictature d'une minorité qui serait bien contente de rester lier à son sexe biologique dans nombre de pays.

    RépondreSupprimer

Le Top Site d'Anna K.