jeudi 27 novembre 2014

Témoignage anonyme

Article posté dans le tumblr Je connais un violeur et qui a été traduit en anglais. 

Un jour, à table, mon frère, tout content, nous raconte une de ses conquêtes : Elle l’a dragué toute la soirée (quand j’ai demandé des précisions sur ce point : elle lui a souri et l’a regardé plusieurs fois), et quand en fin de soirée elle avait trop bu et qu’elle est allée se coucher (car visiblement malade, à deux doigts du coma), il est allé dans le lit et l’a “niquée”.
Un  jour, à table, mon frère nous raconte le viol qu’il a commis. Et tout le monde trouve ça normal.
Un jour, dans la cuisine, ma mère et moi parlons de son compagnon (mon beau père, donc). Elle m’explique que sa première femme ne voulait pas d’enfant, mais qu’il a insisté, et insisté, et qu’il l’a mise enceinte.
Un jour, dans la cuisine, ma mère me raconte que son compagnon a violé. Et elle trouve ça normal.
Je connais un, deux, mille violeurs. Je les connais, et chaque jour je les vois, je leur dit bonjour, je mange avec eux, je les soutiens quand ils vont mal. Je connais, un, deux, mille violeurs qui m’ont hurlé que NON, ils n’avaient pas violé. Que si un jour ils violaient quelqu’un, ils se suicideraient de honte et de dégoût.
Je connais un, deux, mille violeurs. Des gentlemen, des gens normaux, des gens que j’aime. Et pourtant, ce sont des violeurs. Et ils ne le savent même pas.

mardi 25 novembre 2014

Les hommes victimes : j'en ai connu

Les hommes victimes de la violence des femmes. On en entend parler dès qu’il s’agit de violence masculine, il ne faut pas les oublier. Dès qu’il est question des femmes victimes de violence masculine, il faut bien se rappeler du cas de cet homme harcelé par une femme, une fois. Sinon, on est injuste, on dessert la cause des femmes, et on devient violente envers les hommes dénigrés dans leur souffrance, pourtant c’est bien la violence que nous condamnons, n’est-ce pas ?

Tout existe et tout est possible, je l’admets facilement. Je voudrais apporter mon témoignage personnel à propos d’hommes victimes de violence féminine. J’en ai connu. Mon expérience est individuelle, limitée par définition. Je vais tout de même vous la livrer.

Je connais une multitude de femmes qui ont été victimes de violences masculines, de la remarque condescendante au crime aggravé. Je connais indirectement plusieurs victimes de féminicides. Je connais aussi, indirectement ou non, des auteurs de féminicides et des violeurs.

Et j’ai été amenée à rencontrer deux hommes victimes de la violence de leur ex-conjointe.

Le premier, K., était le petit ami de P., une amie d’enfance. P. l’avait rencontré à 17 ans, c’était son premier amour et elle en était folle. K. était son prof de piano, il avait 34 ans, il était divorcé et racontait à tout le conservatoire que son ex avait été violente envers lui. Et oui, les hommes battus, ça existe. K. avait beaucoup de succès auprès des femmes. Pour être plus précise, il avait beaucoup de succès avec ses élèves et ne couchait qu’avec des jeunes filles vierges. A 35 ans, il a trompé mon amie P. avec une autre de ses élèves, âgée de 16 ans. P. l’aimait passionnément, elle disait : “il est tout pour moi, un prof, un père, un ami, un amant”. Quand je la voyais, il fallait qu’il soit là. Lors d’une soirée chez moi entre copines, P. a été retenue une heure au téléphone dans une autre pièce par K. J’ai du aller la chercher pour qu’elle revienne avec nous dans le salon.
Jusqu’à ce qu’elle ne réponde plus à mes appels. Je l’ai revue une fois, quelques années plus tard, elle semblait éreintée, éteinte. Elle était abîmée par K. et j’avais perdu son amitié.

J’ai connu le deuxième homme victime personnellement, il y a quelques années. Nous avons eu une brève relation très sympathique au début, comme toutes les relations, qui s’est rapidement transformée en guide pratique de détection des manipulateurs pervers. Rabaissant, essayant de me faire douter de mes capacités intellectuelles, sans la moindre empathie lorsque j’ai été agressée dans la rue. Il utilisait sa mère malade pour m’empêcher de lui faire des reproches. Alors que j’étais en pleine préparation de mon projet de recherche sur le féminicide, il m’a dit qu’il avait été victime de femmes violentes. J’ai eu la chance d’avoir la force, la confiance en moi et les connaissances nécessaires pour le fuir. La dernière fois qu’on s’est vus, il a insisté lourdement pour que j’accepte une pratique de domination sexuelle. Ses tentatives de me faire culpabiliser pour que je cède m’ont mise très en colère. Je lui ai envoyé un message en disant que je ne voulais plus le voir car il ne respectait pas mon refus au lit, ce qui est grave. Face à ses nouvelles tentatives de manipulations, ses propos incohérents et sa mauvaise foi, je l’ai traité de “taré”.

Là il m’a écrit : “tu es une femme violente. Tu verras où cela te mènera”.
J’ai répondu : “donc les femmes violentes dont tu m’as parlé ne faisaient que se défendre face à tes agressions, comme je suis en train de le faire”







Le Top Site d'Anna K.